Etre Malgache aujourd’hui

« Etre Malgache aujourd’hui ? »

La réponse à cette question est ambitieuse et peut certainement paraître prétentieuse. « L’origine des malgaches est la plus belle énigme du monde » évoquait M. Hubert Deschamps, un ancien administrateur colonial.

Pour autant faut-il s’interdire de s’interroger sur ce qui fait aujourd’hui les forces et les faiblesses du pays classé en permanence dans la liste des Etats les plus pauvres? De tenter de comprendre les ressorts et les retenues de la Grande Ile.  Depuis une cinquantaine d’années le pays est confronté sur le plan économique et social à une tendance récessive. Le bilan de la Banque Mondiale en 2017 est sans appel. Le PIB par habitant n’a cessé de chuter entre 1960 et 2015. En même temps le PIB par tête, dans l’Afrique sub-saharienne a été multiplié par quatorze. Le différentiel est énorme. Pourtant à différentes reprises Madagascar a réussi à enclencher une dynamique de croissance. Mais à chaque fois les quelques embellies enregistrées ont été ruinées par les crises politiques. Pourtant Madagascar a beaucoup d’atouts  pour réussir son développement. Le pays possède de grandes potentialités à commencer par son agriculture et son espace maritime. Le sous-sol est riche en minerais et de réserves gazières et pétrolières. C’est le « paradoxe » Malgache si souvent évoqué.

Au fil de son histoire Madagascar a réussi à conserver sa spécificité « afro-asiatique » accrochée à son insularité.  L’identité malgache a été et reste en partie protégée par le rempart de l’océan. Cette frontière a permis la construction originale de ce pays en lui donnant une langue, une culture et une inspiration garanties par le fihavanana. Le Président Philibert Tsiranana au lendemain de l’Indépendance eut cette réflexion :  » Si le Bon Dieu me proposait de rattacher Madagascar au Continent, je lui demanderais de toujours rester une île ».

L’histoire a façonné un modèle propre. « Ce pays qui ne fait pas partie de l’Europe, ni de l’Asie, ni de l’Afrique, c’est une île dans les mers et si on le laisse en paix, il continuera à progresser dans le commerce et la civilisation ». Ce plaidoyer de la Reine Ranavalona I adressé à la Reine Victoria en 1859 défendait les aspirations de la Grande Ile à suivre sa voie.

La colonisation a modifié le paradigme de  » l’au-delà des mers » (Andafy) en éloignant Madagascar du Continent au profit des Mascareignes et de l’Europe après le rêve d’une génération qui s’incarna dans l’exemple du Japon et de sa résistance à la suprématie des pays occidentaux.

Que signifie aujourd’hui l’identité malgache ? Que signifie-t-elle  en cette aube du troisième millénaire ? Que veut encore dire l’insularité à l’heure du réseau mondial ?

Montesquieu au siècle des lumières avait justement écrit : « Aujourd’hui nous recevons trois éducations différentes  ou contraires, celle de nos pères, celle de nos maîtres, celle du monde. Ce qu’on nous dit dans cette dernière renverse toutes les idées premières ». Madagascar s’est nourrie tout au long de son histoire des apports du métissage et des vagues successives de sa colonisation. Le génie Malgache réside peut-être dans le fait d’avoir compris que l’équilibre se situe dans la distance qui sépare le réel du possible et dans l’alliance des contraires.

Bernard CONCHON – DETOURS Madagascar

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *