Famadihana ou le retournement des morts ou…

Le famadihana est une tradition que certains traduisent comme simplement de l’exhumation, mais cela n’a rien à voir. Les voyageurs pourraient peut-être faire un lien avec le Ma’nene, un rituel pratiqué sur l’île indonésienne de Sulawesi, consistant à exhumer, nettoyer et habiller les morts. Le famadihana est une tout autre tradition, une tradition unique au monde. Quelle est son origine ? En quoi cela consiste-t-il ? Quel est l’objectif ? Réponses.

L’entrée au tombeau familial, l’entrée au ciel

Durant la quête d’unification des royaumes de Madagascar par Andrianampoinimerina (1745-1810), beaucoup de soldats merina sont morts au front. Pour le roi, c’est un sort bien triste que d’être enterré loin de sa patrie. Il proposa alors que son peuple construise des tombeaux familiaux, puis ordonna le rapatriement des corps pour que les défunts puissent rejoindre les siens. Cette finalité est essentielle, car selon la croyance, c’est comme entrer au ciel.

Le famadihana est réellement devenu une tradition vers 1814, durant le règne du fils d’Andrianampoinimerina, Radama Ier (1793-1828). Cela a donc commencé en Imerina, puis les ethnies faisant partie du royaume unifié l’ont également adopté. Le rite est organisé tous les 3, 5 ou 7 ans et la date est désignée par le mpanandro de la famille organisatrice, le devin, shaman et docteur traditionnel. Cela se déroule toujours durant la saison sèche (entre juin et septembre).

Une partie de la population chrétienne a cependant abandonné cette tradition, en raison de la divination et des prières adressées aux ancêtres. Cette composante de la culture et de l’identité malgache devrait toutefois être conservée d’une manière ou d’une autre, quitte à apporter quelques modifications et bouleverser les croyances !

 

Le passage de la tristesse à la joie

La signification du mot « famadihana » peut être « retournement », mais aussi « transformation ». L’un des principaux objectifs de cette tradition est de « transformer » la tristesse (deuil) en joie. Durant l’enterrement, on est triste, mais durant le famadihana, on jubile littéralement. Il s’agit d’une grande fête, une fête en grande pompe pour les plus fortunés qui dépensent d’importantes sommes d’argent ! Elle se déroule durant deux jours.

Le premier jour (andro fidirana), on tue le ou les zébus (à manger), on prépare la nourriture et on commence à faire de la musique et à se réjouir. Le deuxième jour (famokarana), la famille et les invités sont conviés au repas. Puis, ceux qui ont fini de manger se dirigent vers la piste de danse. On ne fait pas que manger… on boit aussi… beaucoup. Et on parle là d’alcool.

Le passage des désaccords au fihavanana (accords, harmonie et amour)

Vers l’après-midi, un homme portant un drapeau (avec un sifflet à la bouche) mène tout le monde vers le tombeau familial. En chemin, on danse et on joue de la musique. Originellement, on jouait de la flûte, du tambour et de la trompette.

Tout le monde se réjouit et enterrent la hache de guerre, tout particulièrement la famille organisatrice, propriétaire du tombeau. Tous ceux qui se sont fait du tort sont « obligés » de se pardonner, surtout les membres d’une fratrie. Les querelles doivent être laissées derrière soi jusqu’à l’apparition de nouvelles querelles, puisque c’est ainsi que la vie est faite.

 

 

L’unification de la famille

« Velona iray trano, maty iray fasana » : cet adage prend tout son sens lors d’un famadihana ! « Unis dans la vie comme dans la mort », voilà ce que cela signifie. Il faut savoir qu’un seul tombeau réunit plusieurs familles unies par un seul ancêtre. Le famadihana est également le moment où l’on unifie les morts, particulièrement un mari et son épouse. Les deux sont enveloppés ensemble dans du lamba (tissu blanc). Selon la décision de la famille, certains défunts peuvent être également enveloppés dans le même tissu.

Une fois arrivée au tombeau familial, on l’ouvre. Les familles et ceux qui connaissent l’emplacement des défunts entrent pour faire sortir les corps. Ceux-ci sont confiés à leurs plus proches parents, en l’occurrence les enfants. Des petits groupes sont alors formés et chacun enveloppe ses morts. Ceux qui ont fini mettent leurs défunts sur leurs genoux. Durant toutes ces processions, la musique ne s’arrête jamais.

Lorsque tout le monde a fini, on se lève et on porte les défunts sur les épaules tout en dansant dans tous les sens. La tristesse (deuil) est transformée en joie ! Les corps sont remis dans le tombeau par ordre d’aînesse. Un discours de remerciements clôture la fête.

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