Le panama malgache : le succès de la paille par Émile Ranarivelo

Le panama malgache est le nom attribué au chapeau de paille malgache qui caractérise aujourd’hui les hommes de la campagne. Toutefois, au début du XXe siècle, ce chapeau était très populaire et était même exporté, avec un grand succès, en Europe et en Amérique. Émile Ranarivelo, un homme exceptionnel, est à l’origine de ce succès !

Le panama malgache, un chapeau de paille populaire et élégant

Lorsqu’on pense au panama, on a à l’esprit une forme de chapeau particulière. Cependant, le panama est associé à la matière et non la forme, en l’occurrence une fibre fabriquée à partir de jeunes pousses de bombanaxa, le palmier d’Équateur. Quoi qu’il en soit, le public a surtout retenu la forme. Ce chapeau masculin léger et souple était à l’origine porté par des ouvriers qui travaillaient en plein soleil. Puis, il a été de plus en plus porté dans d’autres cadres et d’autres lieux jusqu’à être associé à l’homme décontracté et élégant. Au début des années 1900, le panama était très en vogue en Occident. C’est ce que découvrit le Malgache Émile Ranarivelo au cours de l’Exposition Universelle organisée à Paris en 1900. Il imagina alors un marché pour le même genre de chapeau, mais en paille. Le modèle est alors appelé « panama malgache ».

L’incroyable histoire de ce rare self-made-man malgache pour son époque est relatée dans le roman de Christine Ranarivelo : Le Panama Malgache (2011, Éditions Harmattan). L’auteure n’est autre que la femme du petit-fils d’Émile Ranarivelo, inspirée par leurs archives familiales. Le succès de cet homme d’exception fait toujours écho sur la vie de sa descendance et celle des Malgaches. Ses chapeaux de paille ont connu un succès immense : 80 000 panamas malgaches exportés en 1908 et 220 000 en 1942. Leur finesse et leur fini ont séduit les commerçants européens et américains. Les Malgaches l’ont également adopté et il est de nos jours inséparable des hommes de campagne, notamment les ouvriers, les bouviers, les marchands en tout genre.

L’histoire d’Émile Ranarivelo, l’homme derrière le panama malgache

Raharivelo (1870-1933), qui devint plus tard Émile Ranarivelo, est le fils cadet de Rakotovao (1829-1906), noble merina, secrétaire de la cour, conseiller de la reine Ranavalona III, diacre et prédicateur, et homme d’affaires. Un jour, celui-ci déçus par son fils aîné et abattu, tomba gravement malade, mais lorsqu’il commença à se rétablir, il demanda à voir son fils cadet, en qui il allait fonder son espoir, pour lui parler de ses idées d’affaires et lui en confier la réalisation. À peine âgé de 18 ans, le jeune Raharivelo commença à se renseigner sur les meilleures façons de se procurer la marchandise, notamment le cuir, le caoutchouc, le raphia, les rabanes, la cire et le miel et… le chapeau. Ce jeune homme issu de l’Ecole de la LMS, parlant anglais, va faire prospérer les affaires familiales.

Au cours d’un voyage à Paris, il découvrit que les Français (hommes, femmes et enfants) portaient tous des chapeaux. Il eut alors l’idée de proposer des chapeaux du même genre, mais fabriqués en raphia et en paille de riz malgache. Il trouva rapidement un distributeur parisien et ne tarda pas à rentrer à Madagascar pour entreprendre la fabrication des chapeaux de paille. Le succès fut tel qu’il dut voyager à plusieurs reprises en France métropolitaine, accédant même à la citoyenneté française en 1910, fait rare pour un indigène à l’époque. Il fut également l’un des tout premiers Malgaches à réaliser un mariage mixte avec une Européenne. Il marqua ainsi l’histoire de son pays !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *