Les Vezo, les nomades de la mer, généalogie depuis dix générations

Ce n’est qu’après voir fait les fombafomba, un rite sacré de la région arrosé par le toka gasy, que le doyen du village âgé de 85 ans, accepte de parler des Vezo. La tradition interdit en effet, au sein de cette communauté, d’évoquer les firazanana (les lignages) sans faire des offrandes aux ancêtres. Il vaut mieux ne pas les offenser et ne pas réveiller les esprits.

Les Vezo de la région d’Andavadoaka sont issus de six clans de cette ethnie :

Les Tsimamaoke Bolotsoke, les Namanoa, les Marofobe Kimija, les Omalagny Bekiho et les Tsihole.

Par étapes successives, depuis Anjero Manombo,  situé dans la partie Ouest de la région d’Atsimo-Andrefana,  ils ont finalement décidé de se sédentariser à Andamotibe. Pour l’essentiel, les habitants de ce village descendent de ces clans installés là depuis six générations. Leur ancrage dans les lieux leur a permis d’acquérir une parfaite maîtrise de l’environnement. Ainsi ils repèrent à l’instinct leurs lieux de pêche en pleine mer sans jamais se tromper. Pas besoin de boussole et encore moins d’équipements météorologiques. Ils font d’abord confiance à leurs connaissances basées sur l’expérience des anciens et leur propre pratique de la mer. Le souffle du vent, l’horizon et les changements de lumière du ciel, les coraux, les récifs marins, la place des étoiles, le mouvement de la mer et la nuance de ses couleurs sont autant d’informations précieuses pour la sécurité des embarcations et la réussite de la pêche.

Les Vezo (hommes, femmes, enfants,) passent pour être les meilleurs pêcheurs de Madagascar. Ils parviennent à rester de longues minutes en apnée à des dizaines de mètres sous l’eau. A Andavadoako, les pêcheurs n’utilisent pas de bouteilles pour ramasser sur les fonds les janga, les concombres de mer, chasser les tortues, ou pour attraper les poulpes et les langoustes.

Les Vezo pratiquent toutes les formes de pêche, à pied ou en pirogue. Dans leurs embarcations, qu’ils construisent avec un bois spécial (farafatse), ils partent avec des masques, des harpons, des filets, des hameçons. Pour les Vezo, la mer  est leur mère nourricière. C’est elle qui a le droit de vie ou de mort sur eux. Dans la tradition elle punit ceux qui ne respectent pas les coutumes. Le rapport à la mer se construit dès la naissance. Les restes du cordon ombilical sont introduits dans un coquillage que l’on jette à la mer en signe d’offrande pour sceller le destin du nouveau-né. Les enfants Vezo apprennent très tôt les techniques de la pêche. Dès l’âge de cinq ans, ils s’initient à la navigation avec des mini pirogues à voiles. Ils vont aussi pêcher sur de petites embarcations de deux mètres de long et commencent ainsi à se familiariser avec les différentes manières d’attraper le poisson. Plus tard ils choisiront d’être mpagniriky (plongeur) ou pêcheur sur leur pirogue.

Les ressources au bord de l’extinction

En 2000, 9000 tonnes de crevettes sauvages étaient pêchées dans l’océan. En 2008, il n’y en avait plus de 3000 tonnes. Cette chute est le résultat de la surpêche  qui touche aussi le volume des poissons. Les navires usines européens et asiatiques se partagent la haute mer. La quasi- absence de garde-côtes malgaches leur permet d’empiéter sur le périmètre de 350 km réservé, selon le droit international, à l’Etat côtier.

Les pêcheurs traditionnels qui représentent entre 70 et 80 % de la production nationale, participent également à la dégradation de la situation. Au large comme sur la côte, la pêche prédatrice condamne les ressources maritimes du pays, au détriment des quelque 500 000 personnes qui en vivent.

Bernard CONCHON – Détours Madagascar

Les Vezos, appelés les nomades de la mer, forment un peuple de Madagascar qui occupait autrefois toute la côte Sud-Ouest de la Grande Île. Ils vivent essentiellement de la pêche. Les Vezo sont l'une des dernières ethnies nomades du pays.

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