Sud et RN7
950 km d'asphalte de la capitale à l'océan Indien, quatre zones bioclimatiques traversées et trois parcs nationaux : la RN7 reste la colonne vertébrale de Madagascar.
La RN7 relie Antananarivo à Toliara sur 950 kilomètres d'asphalte. C'est l'axe historique du pays, construit pour évacuer le café, le riz et les produits maraîchers des Hauts Plateaux vers le port du Sud-Ouest. Pour nous qui organisons des descentes depuis la capitale, cette route reste le meilleur compromis pour comprendre Madagascar en une seule traversée : on passe en une semaine du climat tempéré des plateaux à 1300 mètres d'altitude à la savane sèche du canal du Mozambique, en franchissant quatre zones bioclimatiques distinctes.
La première section, jusqu'à Ambositra, traverse le pays zafimaniry, reconnu par l'UNESCO pour son artisanat du bois sculpté. Les villages perchés sur les crêtes vivent encore largement de la riziculture en terrasses et du travail du palissandre. Plus au sud, Fianarantsoa, capitale du pays betsileo, concentre une production viticole héritée des missionnaires norvégiens du XIXe siècle. Les domaines de Soavita et de Lazan'i Betsileo produisent des cuvées qu'on déguste sur place, à 1200 mètres d'altitude. La ville haute, classée, conserve une trame coloniale et religieuse dense.
À l'est de Fianarantsoa, le parc national de Ranomafana protège 41 600 hectares de forêt tropicale humide entre 800 et 1200 mètres. C'est ici qu'a été décrit le hapalémur doré en 1986, espèce qui a justifié la création du parc. Les marches nocturnes permettent d'observer microcèbes, caméléons et grenouilles endémiques. Plus au sud, le massif de l'Andringitra constitue le deuxième sommet du pays avec le pic Boby à 2658 mètres. Le parc se prête à des trekkings de deux à quatre jours, avec bivouacs en altitude et passages au-dessus de 2000 mètres où les températures nocturnes descendent en dessous de zéro entre juin et août.
Au-delà d'Ihosy, le paysage bascule. On entre dans le plateau de l'Horombe, vaste steppe à perte de vue dominée par l'élevage zébu des Bara, peuple de pasteurs pour qui le vol de bovins (le dahalo) reste une institution sociale codifiée. Le parc national de l'Isalo, autour de Ranohira, déploie 81 540 hectares de grès jurassique érodé en canyons, piscines naturelles et formations rocheuses. C'est le parc le plus visité de Madagascar : nos équipes y organisent des randonnées d'une à trois journées, du canyon des Makis à la piscine naturelle, en passant par les nécropoles bara nichées dans les falaises.
La dernière étape descend vers Toliara par la région minière d'Ilakaka, où le saphir a transformé un village de 40 habitants en ville champignon de 60 000 personnes depuis 1998. La côte, atteinte après 250 kilomètres de plaine sèche peuplée de baobabs Adansonia za, marque l'entrée en pays vezo, pêcheurs nomades qui vivent à la voile sur des pirogues à balancier. Ifaty, Mangily ou Anakao offrent un repos balnéaire face au troisième plus grand récif corallien du monde.
Côté table, on passe du romazava et du ravitoto des plateaux aux poissons grillés et au tsaramaso (haricots blancs) de la côte. Les marchés de Fianarantsoa, d'Ambalavao avec sa célèbre foire au zébu du jeudi, et de Tuléar rythment l'itinéraire. La RN7 n'est pas une route panoramique au sens classique : c'est un transect humain et écologique qui se lit lentement, à 60 km/h de moyenne réelle.
À découvrir
Trekking dans l'Andringitra. Trois jours de marche entre 1500 et 2658 mètres, bivouac sous la voie lactée et passage du pic Boby au lever du soleil. Sentier bien tracé mais physique, dénivelé cumulé de 1800 mètres.
Forêt humide de Ranomafana. Sortie nocturne à la lampe frontale pour observer les microcèbes et les caméléons brookesia, dont certains tiennent dans une cuillère à café. Hapalémur doré visible le matin.
Canyons de l'Isalo. Randonnée de la journée jusqu'à la piscine naturelle, baignade sous les pandanus à 35 degrés. Coucher du soleil depuis la Fenêtre de l'Isalo, arche gréseuse cadrant le plateau.
Foire au zébu d'Ambalavao. Tous les jeudis matin, plusieurs centaines de bêtes échangées par les Bara venus à pied depuis l'Horombe. Atelier de papier antemoro voisin, fabriqué à partir d'écorce d'avoha.
Vignobles betsileo de Fianarantsoa. Dégustation au domaine de Soavita, cépages chenin et couderc cultivés à 1200 mètres. Visite combinée avec la ville haute classée et son chemin de fer Fianarantsoa-Côte Est.
Quand y aller
La période la plus confortable s'étend d'avril à novembre, avec un optimum entre mai et octobre. Les températures à Fianarantsoa oscillent alors entre 8 degrés la nuit et 22 degrés en journée, contre 15 à 32 degrés à Toliara. La saison des pluies, de décembre à mars, complique la traversée : Ranomafana peut recevoir plus de 400 mm en janvier, les sentiers deviennent glissants et certaines pistes secondaires (Andringitra notamment) sont difficilement praticables. Les cyclones de janvier-février touchent rarement l'intérieur mais peuvent couper la RN7 pendant 24 à 48 heures.
Attention au contraste altitudinal : en juillet-août, les nuits dans l'Andringitra descendent à -7 degrés au pic Boby, alors qu'Ifaty reste à 25 degrés la nuit. Prévoyez polaire et duvet pour les Hauts Plateaux et tenue légère pour la côte. Juillet et août concentrent la fréquentation européenne, novembre offre un bon compromis entre météo sèche et affluence modérée.
Conseils pratiques
Comptez sept jours minimum pour une descente honnête, dix à douze jours pour intégrer un trek dans l'Andringitra ou une extension balnéaire à Ifaty. Le point de départ logique est Antananarivo, où atterrissent les vols internationaux ; le retour s'effectue par vol intérieur Toliara-Antananarivo (1h15) pour éviter de refaire la route en sens inverse. Nos chauffeurs roulent en moyenne 250 km par jour : la RN7 est asphaltée mais ponctuée de nids-de-poule, de convois de camions et de traversées de villages où l'on ralentit fortement.
La RN7 se combine naturellement avec les Hauts Plateaux en début de parcours, et avec le Grand Sud si l'on prolonge depuis Toliara vers Fort-Dauphin par la côte (itinéraire de pistes, 10 jours supplémentaires, réservé aux voyageurs aguerris). Le confort hôtelier est correct sur tout l'axe, avec des lodges de bonne tenue à Ranomafana, Tsaranoro et Ranohira. Cet itinéraire convient aux contemplatifs curieux de géographie humaine, aux familles avec enfants à partir de 8 ans, et aux randonneurs qui y trouveront deux à trois jours de marche soutenue. Les voyageurs en quête de plage exclusive privilégieront plutôt le Nord et Nosy Be.








