Le fihavanana : philosophie ancestrale, épine dorsale de la société malgache
Dans cet article très court, je vais essayer de présenter le fihavanana sans citer des experts sociologues, et donner le point de vue d’un Malgache sur la société dans lequel il vit.
Dans cet article très court, je vais essayer de présenter le fihavanana sans citer des experts sociologues, et donner le point de vue d’un Malgache sur la société dans lequel il vit. Les étrangers peuvent parfois être surpris par ce trait de culture qui régit la société malgache. L’esprit de famille, le sens de la communauté et de l’entraide, la priorité de la paix et de l’union, l’effacement de l’individu au profit du collectif…
La famille
Le mot fihavanana possède comme racine havana, signifiant « de la famille ». Pour faire simple, il s’agit en quelque sorte de considérer tout le monde comme un membre de sa famille et d’agir en conséquence. Pour les Malagasy, la famille est très importante. Jusqu’ici rien de particulier me diriez-vous, mais à Madagascar, même un cousin du 3e degré ou la petite fille du cousin de son grand-père est un membre de la famille envers qui on a des obligations. Si elle a les moyens, il se pourrait que vous soyez invité à son mariage ou à la circoncision de son fils par exemple. Il est d’ailleurs très intéressant pour un étranger, lors de son voyage à Madagascar d’assister à une fête familiale, notamment un fanaterana vodiondry, abrégé vodiondry (mariage traditionnel considéré comme les fiançailles), un mariage religieux, un famadihana (retournement des morts), etc. Ces traditions sont communes à tous les Malgaches, que ce soit dans les hautes terres, dans le Sud ou le Nord…
La communauté et l’entraide
Même si certains se détestent dans un village, en apparence, tout le monde agit les uns avec les autres comme avec un membre de sa famille. Lorsqu’il y a des travaux importants à accomplir, chacun y met la patte : les travaux de rizières, la construction d’un tombeau (il faut transporter des blocs de pierre), la construction ou la réparation d’une maison, etc. Cependant, de nos jours, comme la société s’est modernisée et s’est imprégnée de la culture occidentale, on ne voit plus ces choses dans les grandes villes. Toutefois, certaines traditions sont restées, en l’occurrence le famangiana manamanjoa. Le mot famangiana signifie « se rendre chez quelqu’un » et cela s’applique à diverses circonstances, mais ici, on parle de visite pour présenter ses condoléances à quelqu’un qui vient de perdre un proche. Les membres de la famille, les connaissances et le village entier se présentent tour à tour devant la famille du défunt pour « apporter des mots de consolations » et de l’argent.
La paix et l’union
Si on devait créer un slogan pour le fihavanana, je proposerais : « La collectivité avant tout ». Personne ne souhaite se démarquer des autres et chacun essaie de se fondre dans la communauté. Les conduites, les paroles et les décisions doivent toutes être en accord avec la société. En cas de conflit, on essaie de trouver le marimaritra iraisana, un consensus. Si la solution ou les mesures qui s’imposent ne font pas l’unanimité et peuvent être source de conflits, le problème doit être simplement oublié, écarté ou la recherche de solution reportée. La paix et l’union sont privilégiées au-dessus de tout. Ce n’est peut-être pas ce qu’on constate aujourd’hui au vu des crises politiques et manifestations incessantes, mais ces épisodes ne sont que l’instigation des hommes politiques qui luttent pour le pouvoir. La majorité du peuple n’est même pas concernée.
Questions fréquentes
Le fihavanana est un concept philosophique fondamental de la société malgache, dont la racine 'havana' signifie 'famille'. Il désigne un idéal de solidarité, d'entraide et d'harmonie sociale où chaque membre de la communauté est traité comme un proche. Il se manifeste dans les fêtes familiales, les travaux collectifs et la recherche du consensus en cas de conflit.
Le fihavanana se traduit concrètement par des pratiques comme le famangiana (visites de condoléances collectives), la participation aux travaux des rizières ou à la construction d'une maison, et l'invitation aux cérémonies familiales même éloignées. Il pousse chaque individu à privilégier la paix et l'harmonie du groupe avant ses intérêts personnels.
Avec la modernisation et l'influence de la culture occidentale, certaines manifestations traditionnelles du fihavanana tendent à disparaître dans les grandes villes. Cependant, des pratiques comme le famangiana (visite de condoléances) restent bien ancrées même en milieu urbain, témoignant de la persistance de cette valeur culturelle fondamentale.
Un voyageur peut honorer le fihavanana en acceptant les invitations familiales avec respect, en évitant les comportements trop individualistes, en participant avec humilité aux fêtes locales comme un vodiondry ou un famadihana si l'occasion se présente, et en adoptant une attitude d'ouverture et de considération envers chaque personne rencontrée.
Le marimaritra iraisana désigne le principe de consensus dans la culture malgache. Lorsqu'un conflit surgit, la communauté cherche une solution qui fasse l'unanimité. Si aucun accord n'est possible, le problème est temporairement mis de côté plutôt que d'être forcé, car la paix et l'union collective priment toujours sur la résolution immédiate d'un désaccord.


