Le tuk-tuk à Madagascar : attrait ou fléau ?

Le tuk-tuk à Madagascar : attrait ou fléau ?

13 mai 2020

 

Le tuk-tuk, symbole national non officiel de la Thaïlande, a une popularité grandissante à Madagascar. Ses couleurs, sa praticabilité en font un moyen de transport peu commun, offrant une expérience nouvelle et divertissante au voyage. Ces avantages cachent cependant quelques vices, parmi lesquels la pollution et la formation des conducteurs.

 

Qu’est-ce qu’un tuk-tuk ?

 

Si vous n’avez jamais voyagé en Thaïlande ou dans d’autres pays de l’Asie du Sud-Est, il est normal que vous ne sachiez pas ce qu’est un tuk-tuk. Cette dénomination désigne la déclinaison thaïlandaise d’un rickshaw motorisé. La dénomination vient du mot « tuk » signifiant bon marché, répétée à longueur de journée par les chauffeurs.

 

Habituellement, ce tricycle peut transporter jusqu’à trois personnes de corpulence normale, en plus du conducteur. À Madagascar, les passagers se serrent bien volontiers entre eux pour y monter à 4, voire 5. Le siège avant est destiné au conducteur et un banc disposé à l’arrière permet d’accueillir les voyageurs. Parfois, un passager trouve de la place sur le siège du conducteur !

Les versions plus modernes de tuk-tuk ont jusqu’à deux banquettes arrière et même une malle arrière. Les côtés sont ouverts et le toit est bien refermé par un tissu ou par un toit incorporé à la carrosserie. Les voyageurs sont ainsi protégés de la chaleur du soleil et de la pluie.

 

D’où proviennent ces tricycles motorisés qui envahissent depuis peu les rues malgaches ?

 

Les tuk-tuk, généralement colorés en jaune, sont d’origine thaïlandaise ou cambodgienne. Il en existe aussi en Inde où ils sont appelés auto ou autorickshaw par la population locale. En Indonésie, ils portent le nom de bajaj. Il est même possible d’en trouver à Paris, en l’occurrence les modèles de la marque Piaggio.

 

À Madagascar, ils sont appelés « tuk-tuk » tel que cela s’écrit. Les Malgaches n’utilisent pas la prononciation thaïlandaise « touk touk ». L’influence indonésienne a aussi introduit le nom de « bajajy » comme désignation classique du tuk-tuk dans le langage courant.

Utilisé comme taxi fonctionnant soit à l’électricité pour certains, soit à essence pour d’autres, ce véhicule à trois roues envahit les rues des plus grandes villes malgaches depuis quelques années, notamment à Diégo-Suarez, Majunga, Tuléar, Antsirabe, Ambositra, Fort-Dauphin, Tamatave et dans les îles Sainte-Marie et Nosy-Be.

 

Il sert également de moyen de transport collectif, en transportant jusqu’à sept personnes avec le conducteur, à raison de 500 à 2 000 Ariary la course, et ce, par personne par trajet.

Représentant une nécessité pour la population locale, le tuk-tuk est devenu une véritable attraction touristique. Il constitue un moyen de transport local très prisé pour son accessibilité et sa rapidité, se faufilant entre les voitures dans les embouteillages.

Ces tricycles sont très faciles à trouver, notamment dans les zones touristiques et à proximité des marchés.

  Le tuk-tuk à Madagascar : attrait ou fléau ?  

Les avantages du tuk-tuk

Bon nombre de touristes prennent la peine de voyager dans la Grande Île rien que pour voir et monter à bord de ce moyen de transport. En effet, l’engin apporte son lot d’avantages en matière d’écologie et d’entretien.

 

Le tuk-tuk pour une nouvelle et amusante expérience de voyage

Le tuk-tuk offre une expérience nouvelle et amusante dans les rues souvent bosselées, bruyantes et embouteillées. Se balader dans ce type de véhicule permet d’approcher au plus près l’agitation de la population locale. Souvent décoré par le conducteur selon son inspiration, ce tricycle permet aussi aux touristes de prendre de belles photos tout en se déplaçant. Il donne un goût d’aventure sans prendre trop de risques. Remarquez que dans la plupart des situations, se déplacer en tuk-tuk est plus rapide qu’en taxi ou en voiture personnelle. Telle une moto, il peut rouler sans problèmes sur des routes secondaires.

 

Une consommation moindre d’énergie

Cet avantage concerne surtout les tuk-tuk électriques. Comme son nom l’indique, il carbure à l’électricité, une source énergétique plus abordable que l’essence. D’un point de vue économique, le tricycle offre un réel bénéfice. 10 heures de charge équivalent à 14 h d’utilisation, même si quelques facteurs influent sur la consommation (charge moyenne, vitesse). Aussi, le conducteur approvisionne l’engin à partir de 20 heures au moyen d’un système d’alimentation spécial. Dès 6 heures du matin, le tuk-tuk est prêt à entamer sa journée.

 

Un minimum d’entretien

En matière d’entretien, le moyen de locomotion est peu exigeant. Il est inutile d’inspecter en permanence la vidange, l’huile et la bougie. Le tricycle ne demande qu’un graissage régulier. En cas de panne ou de dysfonctionnement, les pièces sont facilement disponibles. Les modèles à essence ne permettent que 3 passagers au maximum malgré les quelques formes d’infraction. Attention tout de même, car la police de Tamatave veille au respect de cette règlementation. Là encore, le modèle électrique surpasse son équivalent, car il peut accueillir jusqu’à 6 voyageurs. C’est pour cette raison qu’ils ont réduit leur prix de moitié, passant ainsi entre 500 à 1000 Ariary.

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Les inconvénients du tuk-tuk

Le moteur de faible cylindrée constitue le principal inconvénient. La vitesse est ainsi comparable aux véhicules à 2 roues. À ce point faible s’ajoutent le manque de formation des conducteurs et l’empreinte écologique.

 

Un manque de formation

Le conducteur n’a pas forcément suivi une formation dans la conduite avant de s’autoproclamer chauffeur de tuk-tuk. Au minimum, une semaine d’apprentissage ne serait pas de refus, ne serait-ce que pour maîtriser le mode de fonctionnement, la vitesse et l’autonomie de la batterie (pour les versions électriques). Tout comme les chauffeurs, les mécaniciens et les électriciens gagnent à suivre une petite formation auprès des fabricants. Les cours leur permettraient de se familiariser avec le moyen de transport.

 

Une source de pollution

La gestion des batteries en fin de vie reste un mystère. Il faut rappeler que les accumulateurs sont à base de lithium-ion. Les modèles fonctionnant à l’énergie fossile sont de grands émetteurs de CO2. La fumée noire des échappements est extrêmement visible. Les tricycles ont la triste réputation d’empoisonner l’air plus que les voitures et les motos. Sachez également que l’engin est hydrophobe. L’eau stagnante (et non l’eau de pluie) demeure son pire ennemie. Il aura de grandes difficultés à traverser les zones inondées et nécessitera un séchage long d’une journée entière après son voyage.

 

Un risque pour des passagers

Le niveau de sécurité par rapport aux autres moyens de transport décourage souvent les passagers à monter à bord. En effet, les dispositifs se résument à un côté ouvert et des bancs minimalistes. Les sièges sont dépourvus de ceintures de sécurité. Aucune vitre ne protège les passagers et le chauffeur contre la chaleur et le vent en pleine route. Afin de réduire les accidents, les conducteurs ont tout intérêt à maîtriser leur vitesse.

 

© Détours Madagascar - 13 Mai 2020

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