Chronique du canal des pangalanes

Chronique du canal des pangalanes

02 mai 2019

Les rives de la côte Est malgache, l’âme de tout un peuple

Imaginez un peuple riverain. Ils sont ineffablement attachés à leur terre alors que celle-ci est dévastée par le déchainement du vent et de l’océan au moins le temps d’un mois chaque année.

Sur une délicate et mince bande de terre, entre océan et fleuve, existent des villages qui meurent et qui renaissent, et un peuple qui s’en va et qui revient, le temps de laisser partir le cyclone qui frappe entre les trois premiers mois de l’année, laissant des maisons en épaves, des cocotiers abattus, des végétaux en détritus quand les habitants reviendront sur leur terre. Mais pourtant et contre toute attente, ils vont tout reconstruire et reprendre leur vie quotidienne autour de l’eau pour le reste de l’année.

  Chronique du canal des pangalanes  

C’est le cas des rives de la côte Est de Madagascar. Le canal des pangalanes, aujourd’hui reconnu comme l’un des incontournables de la Grande Île pour sa nature luxuriante, est notamment la terre de différents peuples ethniques : les Betsimisaraka au Nord Est, une ethnie de cosmopolites unifiés en une seule appellation, lesquels sont pleinement intégrés à la culture et aux modes de vie malgaches; puis, les Antanala ou « tanala » dans le langage familier, ce sont les forestiers du centre Est, « Antanala » signifiant « ceux qui vivent dans la forêt » ; les Antambahoaka et les Antemoro qui vivent un peu plus au nord que les Antanala, notamment entre Mananjary et Vohipeno. Ils sont reconnus pour être les gardiens du « Sorabe », l’alphabet arabe qui était autrefois à la portée de quelques familles aisées et la famille royale seulement. Savoir écrire le sorabe était considéré comme un signe de supériorité jusqu’à ce qu’il soit remplacé par l’alphabet et les enseignements français peu avant 1960 quand les Antemoro, désespérés par la guerre pour l’indépendance de la grande île ont décidé de faire appel aux missionnaires catholiques pour faire régner un peu de paix au village en enseignant à tous sans exception ; Ensuite, il y a les « Antesaka » dans l’extrême Sud qui sont divisés en deux petits groupes d’ethnies dont les « Antefasy » ou « ceux qui vivent dans le sable », on les sait éduqués plus que les autres et occupant des places importantes au sein de la société et même du pays, et les Rabakara qui sont un peuple très nomade et favorise l’élevage bovin. Du fait de cette grande diversité d’ethnie le long de la côte Est, les rencontres et le contact avec les locaux sont très enrichissant. 

  Chronique du canal des pangalanes     

Les riverains du canal des pangalanes sont les générations ayant succédées aux hommes qui ont construit ce canal il y a plus de cent ans : c’est le fruit du passé colonial de Madagascar, une histoire inouïe qui fait écho aux 300 malgaches qui ont creusé les 700 km du canal en 1896 et à laquelle les générations suivantes ont accordé leur hommage et leur attachement. Dans des conditions pénibles et éprouvantes, ces 300 hommes ont creusé le canal pendant 8 ans avec les seuls outils à portée de main : pelles, pioches et coupe-coupe, ce dernier servant plus tard à tuer quelques colons.

  

Le canal des pangalanes, la luxuriance des croisières et balades fluviales

Aujourd’hui, ce chenal tortueux de 700 km offre des paysages somptueux de la forêt humide de l’Est et s’étend de Mahavelona (ou Foulpointe) au Nord-Est jusqu’à Farafangana au Sud-Est. Il représente une voie de navigation qui oscille entre lacs, fleuves et lagunes pour des voyages fluviaux à plusieurs possibilités dont le plus fameux à Manambato pour rejoindre Akanin’ny Nofy, « le nid de rêve », le lac Rasoabe fait une valse de ses eaux aux abords de ce village niché entre les collines, harmonisée par de légères vagues tombant sur le sable chaud. Le lac Ampitabe quant à lui, marie ses eaux cristallines avec l’océan indien donnant un site splendide, l’incontournable du canal des pangalanes.

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Il est aussi le passage inévitable pour pénétrer dans la forêt protégée de Vohibola, ou encore l’unique entrée pour rejoindre les villages cachés au cœur des eaux dont le centre Est est le sanctuaire des arbres emblématiques de la grande île : les « Ravinala » baptisés « arbre du voyageur » : l’eau de pluie contenue entre ses feuilles épaisses servent à étancher la soif du voyageur et les feuilles sont utilisées par la population locale pour servir les repas aux visiteurs lors des déjeuners pique-nique très typiques : natte étendue au sol, sous un arbre, les invités assis autour d’un repas commun. Souvent, une animation folklorique accompagne ces moments d’immersion dans la vie quotidienne des locaux ou les soirées autour d’un feu de camp.    

Il est aussi l’accès à des croisières variées allant des plus grands périples de cinq nuitées en cabine des chalands aménagés, aux petites croisières de deux nuits sous les étoiles en bivouac. Le paysage offre une succession de végétation aquatique et des forêts intactes : bananiers, pandanus, jacquiers, oreilles d’éléphants, roseaux, et des petites étendues de rizières. Une faune exceptionnelle y vit secrètement, peu habituée à toute présence : Indri Indri, les plus grands lémuriens, des lémuriens Macaco, des lémuriens Vari ou lémuriens noir et blanc.

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Le canal des Pangalanes, si bien préservé par tout un peuple a rendu plus d’une chose possible, que ce soit la navigation et le contrôle administratif et militaire du temps de la colonisation, ou les va-et-vient des riverains aujourd’hui pour transporter les produits locaux en « bateau-brousses » et assurer leur propre déplacement, ou encore les balades envoutantes de voyageurs en quête de dépaysement.

Naviguer sur les pangalanes est un périple magnifique qui transporte les voyageurs dans un voyage quantique, les laissant sans voix comme le célèbre photographe Pierrot Men dans un reportage d’ARTE : « (…) Je ne trouve pas les mots ».

 

Olive Ramarozatovo

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