La rizipisciculture à Madagascar : une pratique qui devrait être une référence

La rizipisciculture à Madagascar : une pratique qui devrait être une référence

03 sept. 2019

Le riz représente plus de 40 % des sources de revenus agricoles des ménages malgaches. Le système riz-poisson a toujours existé à Madagascar, mais avec la rizipisciculture, la production de poissons devient plus conséquente. Cette technique d’exploitation agricole durable est parfaitement adaptée à l’agriculture malagasy, d’autant plus que cela permettrait de combattre la malnutrition et la pauvreté. Mais comment ça se passe ? Peut-on y arriver ?

 

Qu’est-ce que la rizipisciculture ?

La FAO définit la rizipisciculture comme étant l’élevage de poissons ou de crevettes dans une rizière, en parallèle avec la culture du riz. À Madagascar, les rizipisciculteurs élèvent essentiellement des carpes, mais aussi des tilapias et des gouramis. Cette forme d’élevage permet d’obtenir une source de protéine dans une alimentation basée sur le riz ainsi qu’une source de revenus dans une société dont l’économie est vulnérable.

Même si les espaces destinés à la culture de riz sont réduits en raison de la mise en place d’aménagements spécifiques indispensables (canaux refuges, digues, etc.), la production de riz reste la même, voire augmente. Cela s’explique par le fait que les poissons assurent :

·         une diminution des mauvaises herbes ;

·         une bonne fertilisation ;

·         une meilleure oxygénation du sol ;

·         une action équivalente au binage qui favorise le tallage de la plante.

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Comment fonctionne-t-elle ?

La rizipisciculture peut se présenter sous deux formes, à savoir le système riz-poisson naturel et le système riz-poisson cultural. Dans le premier, les poissons entrent dans la rizière naturellement grâce aux échanges d’eau durant la saison des pluies ou lorsque les rizières sont inondées. Dans le deuxième, les poissons sont introduits par l’Homme et leur croissance est contrôlée. Les Malgaches utilisent notamment des provendes pour faire grossir les carpes.

Dans tous les cas, on retrouve toujours des poissons dans les rizières, mais en quantité moins importante. En mettant en place des infrastructures plus adaptées au développement des poissons, le simple agriculteur devient un rizipisciculteur avec deux sources de revenus. Il devra notamment aménager :

·         un étang refuge destiné aux poissons en période de plantation ou de récolte, ou lorsque l’eau de la rizière est asséchée

·         des diguettes plus hautes sur le pourtour de la rizière pour mieux gérer les eaux et éviter les fuites des poissons

·         un système de régulation de la hauteur d’eau, empêchant l’entrée de prédateurs (grille à l’entrée d’eau) et la fuite des poissons (grille à la sortie d’eau)

 

Les alevins (préalablement achetés ou élevés dans l’étang refuge) sont introduits après la plantation du riz. Les fermiers malgaches apprécient plus les carpes parce qu’ils sont faciles à élever. Les tilapias sont aussi faciles à produire, mais ils ont moins de goût et éloignent les autres espèces.

 

Est-elle répandue à Madagascar ?

La rizipisciculture a toujours existé à Madagascar puisque le système riz-poisson naturel a toujours été exploité, même si ce n’est pas à son plein potentiel. À chaque récolte du riz, les agriculteurs récoltent aussi les poissons (carpes, anguilles, tilapias, etc.) et les vendent dans certains cas. Il suffisait de leur montrer comment aménager les rizières pour obtenir des poissons plus gros et en plus grande quantité, en plus d’une production de riz améliorée.

Face à la pauvreté et à la malnutrition (ce dernier étant responsable de 40 % de la mortalité infantile), un projet a été lancé en 2014 pour diffuser l’aquaculture de carpes dans les rizières des hauts plateaux de Madagascar, en l’occurrence dans les régions de la Haute Matsiatra, du Vakinankaratra dont un village dans le Vavavato est témoin d'une grande activité autour de la rizipisciculture, de l’Itasy et d’Amoron’i Mania.

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Ces quatre régions ont été choisies parce qu’à eux seules, elles concentrent plus de 20 % des Malgaches vivant en dessous du seuil de pauvreté. Les enfants souffrant de malnutrition chronique y sont en moyenne de plus de 50 %, voire bien plus.

Aujourd’hui, les rizipisciculteurs se multiplient en raison de l’apport financier que peut apporter l’élevage de poissons et de la facilité des aménagements. Notons que le kilo des poissons d’eau douce est de 10 000 ariary à 16 000 ariary. L’alimentation utilisée pour le grossissement des poissons est également facilement accessible et assez bon marché.

 

Peut-elle être un des leviers pour assurer la sécurité alimentaire à Madagascar ?

À Madagascar, prendre un repas signifie manger du riz, et ce, en grande quantité ! Un foyer de 3 personnes consomme en moyenne environ 2 kg de riz par jour si les moyens leur permettent. Cela surprend toujours les voyageurs durant leur séjour à Madagascar ! Ce mode d’alimentation n’est pas « sain », mais les Malgaches y sont habitués ! Comme les travaux journaliers sont pour la plupart physiques et de dur labeur (80 % d’agriculteurs), cet apport en calorie s’avère nécessaire.

Dans les campagnes, loin de la pollution des grandes villes, les gens ont pourtant apparemment une espérance de vie assez élevée puisqu’on rencontre bon nombre de nonagénaires et de centenaires. Ils ne mangent pas de viande à profusion, mais consomment régulièrement des légumes et des légumineuses. La viande de bœuf, le poulet et le poisson sont consommés lors d’occasions spéciales et de fêtes.

Dans les régions où les enfants souffrent de malnutrition et parfois en meurent, ce n’est pas uniquement la variété d’aliments qui manquent, mais aussi la quantité. Si les ménages cultivateurs de riz consomment en moyenne environ 70 % de leur production, ils vendent cependant la majorité des poissons en raison du prix que cela représente.

Pour encourager davantage l’autoconsommation, il faudrait encore faire prendre conscience aux fermiers l’importance des apports nutritionnels que peuvent apporter les poissons :

·         protéines

·         iode

·         minéraux (calcium, zinc, fer, phosphore)

·         vitamines (A, D, E, B)

·         oméga 3 (bénéfiques pour les femmes enceintes et pour le développement du cerveau chez les enfants de bas âges)

·         Etc.

La consommation de poissons peut tout à fait combattre la malnutrition à Madagascar, mais encore faut-il convaincre les Malgaches. Le concept d’alimentation saine leur est étranger ou est différent selon eux. De plus, la culture gastronomique malgache est relativement pauvre. Les Malgaches ne connaissent que très peu de plats à base de poisson : le poisson en sauce tomates avec des oignons, le poisson frit et le carpe aux pois de bambara. Pour ceux qui mangent du porc, on l’ajoute aux anguilles.

Combattre la malnutrition et assurer la sécurité alimentaire à Madagascar ne consistent pas seulement à aider les fermiers à produire plus de sources de protéines, de nutriments, de minéraux, de fibres, etc., mais aussi à les convaincre d’en consommer plus. La tâche s’avère complexe !

 

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